Autisme et particularités sensorielles

Autisme et particularités sensorielles 1024 910 Malika Miquel

Les particularités sensorielles dans l’autisme : un aspect souvent méconnu, mais essentiel

Lorsqu’on parle d’autisme (ou TSA – Troubles du Spectre de l’Autisme), on pense souvent aux difficultés de communication, aux comportements répétitifs ou aux interactions sociales. Pourtant, un aspect tout aussi central mérite d’être mieux connu : les particularités sensorielles.

Bien qu’elles ne fassent pas partie des critères diagnostiques « officiels » dans certains systèmes de classification, ces particularités sont quasiment toujours présentes chez les personnes autistes, et ont un impact profond sur leur qualité de vie.

Une autre façon de percevoir le monde

Le cerveau des personnes autistes traite les informations sensorielles de manière différente. Cela peut se traduire par :

  • une hypersensibilité (les sensations sont perçues comme trop intenses),
  • une hyposensibilité (les sensations sont atténuées ou difficilement perçues),
  • ou un mélange des deux, selon les moments, les contextes ou les types de stimulations.

🔊 Hypersensibilité

Les bruits, les lumières, les odeurs, le contact physique… peuvent être vécus comme invasifs, douloureux, voire insupportables. Par exemple :

  • une sonnerie d’école peut déclencher une crise,
  • le contact d’un vêtement peut provoquer un malaise,
  • une odeur de cuisine peut rendre impossible l’accès à une pièce.

🔇 Hyposensibilité

À l’inverse, certaines personnes ne perçoivent qu’à peine certaines stimulations. Cela peut les conduire à rechercher des sensations intenses :

  • bouger sans cesse,
  • toucher des objets de façon répétée,
  • se cogner, sauter, mâcher des objets non alimentaires.

Un retentissement fort dans la vie quotidienne

Ces particularités sensorielles influencent de nombreux aspects du quotidien :

  • Fatigabilité accrue : devoir sans cesse gérer des sensations perçues comme agressives est épuisant.
  • Comportements d’évitement (ex : fuir une pièce trop bruyante) ou de recherche sensorielle (ex : froisser du papier en boucle).
  • Difficultés d’attention et de concentration, surtout dans les environnements bruyants ou chaotiques.
  • Anxiété face à des situations imprévisibles sur le plan sensoriel.

Tous les sens peuvent être concernés

Les particularités sensorielles ne touchent pas qu’un seul sens. Tous peuvent être impliqués :

  • Ouïe : hypersensibilité aux bruits soudains ou de fond (bruits de ventilation, chuchotements…).
  • Vue : gêne face aux lumières vives, difficulté à filtrer les mouvements visuels.
  • Odorat : odorat très fin ou au contraire peu développé.
  • Goût : rejet de certaines textures ou saveurs.
  • Toucher : difficulté avec certains tissus, textures, contacts physiques.
  • Proprioception : perception du corps dans l’espace (besoin de se cogner, se balancer).
  • Système vestibulaire : équilibre, mouvement, coordination.

Des outils pour mieux comprendre

Il existe plusieurs outils pour évaluer les particularités sensorielles :

  • Le SPCR (Profil Sensoriel de Dunn) permet d’identifier les seuils sensoriels de la personne.
  • Les grilles et questionnaires proposés par Olga Bogdashina, spécialiste de l’autisme et des troubles sensoriels.
  • Des observations en situation réelle, très utiles dans le cadre éducatif ou familial.

Adapter l’environnement : une priorité

Face à ces particularités, il est essentiel d’aménager les lieux de vie pour réduire les stimulations désagréables et offrir des espaces de retrait sensoriel :

  • À la maison : créer un coin calme, limiter les bruits de fond, choisir des tissus agréables.
  • À l’école ou en structure : prévoir un lieu où se retirer, aménager les temps d’activités, anticiper les transitions.
  • En sortie ou en public : utiliser un casque antibruit, prévoir des pauses régulières, informer l’entourage.

💡 Il ne s’agit pas d’éloigner la personne de toute stimulation, mais d’adapter progressivement l’exposition à certaines sensations, à condition que cela soit fait avec respect, sans forcer, et dans un cadre rassurant.

L’importance d’un accompagnement spécialisé

Un suivi par un professionnel formé aux particularités sensorielles permet de :

  • Évaluer les sensibilités spécifiques de la personne,
  • Repérer les impacts dans sa vie quotidienne (alimentation, sommeil, scolarité, interactions…),
  • Proposer des aménagements concrets dans les différents environnements (école, domicile, transports, etc.).

Ce travail peut être mené en collaboration avec des ergothérapeutes, psychomotriciens, éducateurs spécialisés ou psychologues.

Le rôle clé du suivi socio-éducatif

Le travail socio-éducatif joue un rôle central :

  • Il permet de mettre en œuvre les adaptations concrètes au quotidien.
  • Il aide la personne à exprimer ses besoins sensoriels, à son rythme.
  • Il favorise l’autonomie, en proposant des outils pour mieux gérer les situations inconfortables (ex : se retirer, porter un objet réconfortant, utiliser un casque ou un timer visuel).

Un accompagnement bienveillant et individualisé permet à la personne autiste de retrouver du confort, de l’énergie et de la sécurité intérieure dans un monde souvent trop stimulant.

En conclusion
Les particularités sensorielles font partie intégrante du fonctionnement autistique. Les reconnaître, les évaluer, et surtout les prendre en compte dans l’environnement et les accompagnements, c’est respecter la personne dans sa globalité, et lui offrir les meilleures conditions pour s’épanouir.