Autisme et régulation des émotions

Autisme et régulation des émotions 1024 683 Malika Miquel

Les émotions dans l’autisme : un enjeu clé pour mieux accompagner

Les émotions jouent un rôle fondamental dans notre vie quotidienne : elles influencent nos décisions, nos relations, notre comportement… Mais pour les personnes autistes, les émotions peuvent être source de confusion, d’incompréhension, voire de détresse.

C’est pourquoi la question des émotions revient souvent dans les demandes d’accompagnement des personnes autistes, que ce soit dans le cadre éducatif, thérapeutique ou social.

Comprendre les spécificités des émotions chez les personnes autistes

1. Une perception des émotions différente

L’un des premiers éléments à prendre en compte est ce qu’on appelle les difficultés d’interoception.
L’interoception, c’est la capacité à percevoir les signaux internes de son corps : rythme cardiaque, tension musculaire, respiration, etc. Ces signaux sont souvent à la base de la prise de conscience de nos émotions (ex. : je sens mon cœur battre plus vite = je suis stressé·e).

Chez certaines personnes autistes, ces signaux sont flous, mal interprétés, ou même absents. Résultat : elles peuvent avoir du mal à identifier ce qu’elles ressentent, à mettre des mots sur leurs émotions, ou à réagir de manière adaptée à la situation.

2. Une lecture difficile des émotions chez les autres

Les personnes autistes peuvent aussi rencontrer des difficultés à :

  • décoder les expressions faciales,
  • comprendre les signaux sociaux implicites (gestes, regards, ton de la voix…),
  • se représenter l’état émotionnel de l’autre (empathie cognitive).

Cela peut conduire à des malentendus ou à des réactions émotionnelles qui semblent inadaptées au contexte (par exemple : rire alors que quelqu’un exprime de la tristesse). Ces comportements ne traduisent pas un manque d’empathie, mais bien une difficulté d’accès à l’information émotionnelle ou de compréhension du contexte social.

3. Une régulation émotionnelle souvent difficile

Sans repères clairs sur leurs propres émotions et celles des autres, les personnes autistes peuvent aussi rencontrer des difficultés à réguler leurs émotions. Elles peuvent passer rapidement d’un état à un autre (passer de calme à submergé·e), ou exprimer leurs émotions de manière très intense ou déroutante pour l’entourage.

Ces réactions ne sont pas des caprices ni un refus de coopération : elles sont souvent le signe d’un trop-plein sensoriel, d’une incompréhension ou d’un malaise profond difficile à verbaliser.


Pourquoi un accompagnement est essentiel

Face à ces particularités, un accompagnement adapté autour des émotions est non seulement pertinent, mais souvent indispensable.

💡 Le rôle du suivi socio-éducatif

Le travail avec un éducateur spécialisé permet d’agir concrètement sur :

  • la reconnaissance des émotions (dans son propre corps, sur les visages des autres, dans les situations sociales),
  • la mise en mots des ressentis,
  • la compréhension du lien entre sensations corporelles et émotions,
  • la compréhension du lien entre émotions, besoins et comportements,
  • l’apprentissage de stratégies de régulation émotionnelle (ex. : se retirer, demander de l’aide, utiliser des outils de retour au calme).

Cela peut passer par des outils concrets : pictogrammes, carnets d’émotions, exercices ludiques, jeux de rôle, scénarios sociaux, mise en situation, etc.

🧠 Développer les compétences psycho-sociales

Travailler les émotions, c’est aussi développer les compétences psycho-sociales. Ces compétences incluent :

  • la communication assertive,
  • l’estime de soi,
  • l’empathie,
  • la coopération,
  • la résolution de conflits.

En les renforçant, on aide la personne autiste à s’épanouir dans ses relations, à mieux interagir avec les autres, et à trouver sa place dans la société. Ces compétences ne sont pas innées pour tout le monde : elles s’apprennent, et leur développement est bénéfique à tout âge.


En résumé

Les émotions sont un véritable fil conducteur dans l’accompagnement des personnes autistes. Comprendre leurs spécificités émotionnelles, c’est mieux les écouter, mieux les soutenir, et leur offrir un espace pour grandir en sécurité.

👉 Un accompagnement qui prend en compte les émotions, l’interoception, la régulation et les compétences sociales permet d’ouvrir la voie vers plus d’autonomie, de bien-être, et de compréhension mutuelle.