Accompagner, s’adapter, apprendre : ma vision du métier d’éducatrice spécialisée libérale
Accompagner, s’adapter, apprendre : ma vision du métier d’éducatrice spécialisée libérale https://malika-miquel.fr/wp-content/uploads/2025/08/Design-sans-titre-16-1024x726.png 1024 726 Malika Miquel Malika Miquel https://secure.gravatar.com/avatar/8fd0ad13c0b048e15f80e23d142870a6?s=96&d=mm&r=g- Malika Miquel
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En cette rentrée 2026, la charge mentale est lourde.
Il faut organiser les rendez-vous, jongler avec les emplois du temps, attendre celui des collégiens, essayer de trouver les créneaux qui conviennent à chacun… puis parfois tout recommencer quelques jours plus tard.
C’est aussi cela, le quotidien d’une éducatrice spécialisée en libéral : beaucoup d’organisation, des agendas à ajuster, des suivis à remanier en fonction des réponses que l’on obtient.
Et pourtant, je dois bien le dire : j’aime mon métier plus que jamais.
J’aime être là pour les personnes que j’accompagne. J’aime chercher avec elles ce qui peut fonctionner, construire des séances et des outils sur mesure, observer, essayer, me tromper parfois, réajuster et recommencer.
J’aime surtout cette idée que l’accompagnement n’est jamais complètement écrit à l’avance.
Parce qu’une personne n’est pas un programme à appliquer.
Elle évolue, ses besoins changent, ses intérêts évoluent, son contexte aussi. Et moi, en tant que professionnelle, je dois rester suffisamment attentive et humble pour évoluer avec elle.
Quand quelque chose ne fonctionne pas, ce n’est pas forcément à la personne de faire un pas de côté. C’est à moi de chercher une autre porte.
Construire chaque accompagnement sur mesure
Individualiser un accompagnement, pour moi, ce n’est pas simplement adapter un programme existant. C’est réfléchir à chaque fois à ce dont la personne a besoin et chercher comment y répondre.
À chaque accompagnement, je construis sur mesure les séances, les supports visuels, les outils ou les projets. Je repère les besoins auxquels je souhaite répondre et je cherche différentes façons de le faire, avec différentes modalités.
La première rencontre permet de faire un état des lieux : quelles sont les attentes de la personne ? Celles de ses parents lorsqu’ils sont concernés ? Quels sont les besoins que nous pouvons déjà repérer ?
À partir de là, des objectifs de travail peuvent être construits.
Parfois, ils sont définis et formalisés dès le début. Parfois, cela vient plus progressivement. Je tiens à garder une certaine souplesse, car chaque situation est différente. Il m’arrive aussi d’avoir moi-même besoin d’objectifs très clairs pour ne pas m’égarer dans un accompagnement.
Ces objectifs ne sont jamais figés.
Au cours de l’année, ils peuvent être approfondis, modifiés ou complètement réorientés en fonction de l’évolution de la personne et de ce qui se passe dans sa vie.
Accompagner, c’est donc aussi accepter que le projet évolue.
Quand je n’ai pas trouvé la bonne porte : c’est à moi de faire un pas de côté
Je crois que c’est une des choses que j’aime le plus dans ce métier : rien n’est jamais complètement acquis.
Il m’arrive de construire une séance avec un objectif précis et de constater que la personne n’entre pas dans l’apprentissage prévu. Dans ces moments-là, je me demande rarement en premier lieu pourquoi elle n’y arrive pas.
Je me demande plutôt : est-ce que c’est trop tôt ? Est-ce que j’ai raté une étape ? Ou est-ce que je n’ai tout simplement pas trouvé la bonne porte ?
Cette question est importante pour moi.
Les personnes autistes peuvent avoir une manière de penser, de comprendre et de cheminer qui leur est propre. Une façon de faire qui fonctionne pour l’une ne fonctionnera pas nécessairement pour l’autre.
Alors, quand quelque chose ne fonctionne pas, c’est à moi de faire un pas de côté.
De déplacer mon regard. De remettre en question ma façon de faire. D’essayer autrement.
Je ne peux pas demander à la personne de s’adapter indéfiniment à ma façon de lui proposer les choses. C’est à moi de chercher comment rendre l’apprentissage plus accessible et plus pertinent pour elle.
La motivation peut être une clé importante. Partir des centres d’intérêt de la personne, s’appuyer sur ce qui lui plaît, trouver ce qui va lui donner envie d’essayer… Ce sont parfois ces détours qui permettent finalement d’atteindre l’objectif que l’on s’était fixé.
Et parfois, ce que l’on pensait être un détour devient finalement le bon chemin.
Apprendre de chaque personne accompagnée
Accompagner, c’est aussi accepter de ne pas toujours avoir raison.
J’apprends énormément de chaque personne que j’accompagne. Quand je la vois progresser, je me demande toujours quelle part revient à l’accompagnement, à son environnement, à son propre cheminement… et quelle part ne m’appartient pas.
Il m’arrive aussi de me tromper.
Un accompagnement peut se passer moins bien que prévu. Il peut y avoir un malentendu avec des parents. Un mot peut être mal choisi et blesser alors que ce n’était absolument pas mon intention.
Les parents ont leur histoire, leur sensibilité, leurs inquiétudes, leurs attentes. Eux aussi doivent pouvoir trouver leur place dans l’accompagnement.
Alors je réajuste.
Ma façon d’expliquer. Ma façon de communiquer. Mes mots. Mes propositions.
Cette capacité à se remettre en question me paraît indispensable dans mon métier. Elle demande de l’humilité, mais elle est aussi une formidable source d’apprentissage.
Accompagner vers l’autonomie : savoir être là, puis savoir se retirer
Mes années en institution m’ont beaucoup appris sur ce que signifie accompagner.
J’y ai notamment éprouvé à quel point il est difficile d’accompagner quelqu’un vers davantage d’autonomie.
Parce qu’aider, ce n’est pas faire à la place.
Il faut trouver cet équilibre parfois très ténu entre faire avec, apporter l’aide nécessaire, puis savoir progressivement se retirer. Diminuer sa guidance. Laisser la personne essayer, se tromper, recommencer et réussir par elle-même.
Certains principes de l’ABA formalisent notamment cette idée d’estompage progressif des guidances. Mais cette recherche d’un équilibre entre aider et laisser faire me semble beaucoup plus largement inscrite dans la relation éducative.
Et elle est loin d’être simple.
Elle l’est encore moins lorsque l’affect entre en jeu, notamment pour les parents. Quand on aime profondément quelqu’un, il est parfois difficile de le laisser expérimenter, prendre des risques ou échouer alors qu’on pourrait intervenir.
Pour moi, la bienveillance ne consiste donc pas à rendre les choses faciles.
Être bienveillante, c’est respecter la personne suffisamment pour chercher avec elle ce qui lui permettra d’avancer, sans faire à sa place.
C’est accepter son rythme, ses particularités, ses intérêts, ses difficultés. C’est chercher une autre façon de faire lorsque la première ne fonctionne pas. C’est aussi accepter de remettre en question sa propre manière de faire.
Accompagner les enfants, les adolescents, les adultes et les parents
C’est aussi ce qui me plaît dans mon activité en libéral : pouvoir accompagner des personnes à différents moments de leur vie.
Des enfants, petits et grands. Des adolescents. Des adultes. Des parents et des familles.
Les besoins ne sont évidemment pas les mêmes, les attentes non plus, et les modalités d’accompagnement peuvent être très différentes.
Certains suivis s’inscrivent dans le temps. D’autres répondent à une difficulté particulière, à une période de transition ou à un besoin précis.
Parfois, l’accompagnement concerne directement la personne. Parfois, le travail passe davantage par les parents, avec des temps d’échange, de réflexion et de guidance.
Mais dans tous les cas, je retrouve la même chose : chaque accompagnement commence une nouvelle aventure.
Il n’y a pas de séance parfaite à reproduire indéfiniment. Il y a une personne, une situation, un contexte, des besoins qui évoluent… et un accompagnement qui doit pouvoir évoluer avec eux.
Trois ans en libéral : une pratique qui continue de se construire
Je commence aujourd’hui ma troisième année d’activité en libéral avec davantage de sérénité et de confiance en moi.
Le métier d’éducateur spécialisé en libéral est un métier un peu à part. On ne l’apprend pas vraiment en formation, et certainement pas dans les livres. On l’apprend en l’exerçant.
Il faut apprendre à construire ses accompagnements, mais aussi à organiser son activité, gérer l’administratif, penser ses journées, ses rendez-vous, ses échanges avec les familles… Et accepter une réalité moins confortable que celle du salariat : pas de sécurité de l’emploi, des charges importantes, beaucoup d’administratif et parfois quelques prises de tête.
Je ne regrette pourtant pas mon choix.
Mes années en institution m’ont permis de construire mon expérience et de comprendre ce que je voulais mettre au cœur de ma pratique : la solidarité, la bienveillance, le respect de la personne et cette possibilité de prendre le temps de chercher ce qui lui correspond vraiment.
Avec le recul, je ne conseillerais d’ailleurs pas forcément le libéral à un jeune professionnel qui débute. Je crois qu’il faut d’abord avoir une solide expérience du cœur de métier, avoir accompagné des situations variées, avoir appris de ses réussites comme de ses erreurs.
Parce qu’en libéral, il faut savoir être autonome dans sa pratique… tout en sachant continuer à apprendre.
Ce qui vaut de l’or dans mon métier
Dans ce métier, la reconnaissance n’est pas toujours au rendez-vous.
On oublie parfois les conventions sociales, les « merci », les signes de reconnaissance auxquels on pourrait s’attendre dans d’autres contextes.
Mais finalement, ce qui vaut de l’or est ailleurs.
Un sourire.
Un regard complice.
Un plaisir partagé.
Une personne qui ose enfin essayer.
Une compétence qui apparaît.
Une compétence qui se généralise dans un autre contexte.
Un parent qui se sent un peu plus en confiance.
Une autonomie qui grandit, parfois presque imperceptiblement.
C’est cela qui donne du sens à mon travail.
Et puis il y a cette connexion particulière qui peut parfois se créer avec les personnes que j’accompagne. Une connexion qui ne se décrète pas, qui ne se réclame pas, et qui n’est jamais un dû.
Quand elle est là, je la considère comme un cadeau.
C’est peut-être pour cela que, malgré les emplois du temps à refaire, les rendez-vous à organiser, l’administratif, les charges et toutes les contraintes du libéral…
j’aime profondément, passionnément, mon métier.
Parce qu’il est humain.
Parce qu’il m’oblige à rester humble.
Parce qu’il m’apprend sans cesse.
Et surtout parce qu’il me donne chaque jour l’occasion de chercher, avec une personne, la bonne porte pour avancer.
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